Vivre ou Survivre

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Heure sonne matin

Pleure chagrin

Et repasse le film humide

Du passé dans les yeux

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Court bien trop court

Notre amour, et les appels

Au secours savent qu’un sourd

N’entend pas ce qu’il veut

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Et pourtant il veut vivre

Ou survivre

Sans poème

Sans blesser tous ceux qui l’aiment

Être heureux

Malheureux

Vivre seul ou même à deux

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Mais vivre pour toujours

Sans discours sans velours

Sans les phrases inutiles

D’un vieux roman photo

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Fleurs fanées meurent

Noir et blanc

Seules couleurs d’un futur

Qui est déjà le passé pour nous deux

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Et pourtant il faut vivre

Ou survivre

Sans poème

Sans blesser ceux qu’on aime

Être heureux

Malheureux

Vivre seul ou même à deux

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Et pourtant il faut vivre

Ou survivre

Sans poème

Sans blesser ceux qui nous aiment

Être heureux

Malheureux

Vivre seul ou même à deux

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Mais vivre en silence

En pensant aux souffrances

De la terre et se dire

Qu’on n’est pas les plus malheureux

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Quand dans l’amour

Tout s’effondre

Toute la misère du monde

N’est rien à côté d’un adieu

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Et pourtant je veux vivre

Ou survivre

Sans poème

Sans blesser tous ceux que j’aime

Être heureux

Malheureux

Vivre seul ou même à deux

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Vivre ou survivre

Seul ou même à deux…

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Vivre du vert des Prés …

Voeux simples

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Vivre du vert des prés et du bleu des collines,

Des arbres racineux qui grimpent aux ravines,

Des ruisseaux éblouis de l’argent des poissons ;

Vivre du cliquetis allègre des moissons,

Du clair halètement des sources remuées,

Des matins de printemps qui soufflent leurs buées,

Des octobres semeurs de feuilles et de fruits

Et de l’enchantement lunaire au long des nuits

Que disent les crapauds sonores dans les trèfles.

Vivre naïvement de sorbes et de nèfles,

Gratter de la spatule une écuelle en bois,

Avoir les doigts amers ayant gaulé des noix

Et voir, ronds et crémeux, sur l’émail des assiettes,

Des fromages caillés couverts de sarriettes.

Ne rien savoir du monde où l’amour est cruel,

Prodiguer des baisers sagement sensuels

Ayant le goût du miel et des roses ouvertes

Ou d’une aigre douceur comme les prunes vertes

À l’ami que bien seule on possède en secret.

Ensemble recueillir le nombre des forêts,

Caresser dans son or brumeux l’horizon courbe,

Courir dans l’infini sans entendre la tourbe

Bruire étrangement sous la vie et la mort,

Ignorer le désir qui ronge en vain son mors,

La stérile pudeur et le tourment des gloses ;

Se tenir embrassés sur le néant des choses

Sans souci d’être grands ni de se définir,

Ne prendre de soleil que ce qu’on peut tenir

Et toujours conservant le rythme et la mesure

Vers l’accomplissement marcher d’une âme sûre.

Voir sans l’interroger s’écouler son destin,

Accepter les chardons s’il en pousse en chemin,

Croire que le fatal a décidé la pente

Et faire simplement son devoir d’eau courante.

Ah ! vivre ainsi, donner seulement ce qu’on a,

Repousser le rayon que l’orgueil butina,

N’avoir que robe en lin et chapelet de feuilles,

Mais jouir en son plein de la figue qu’on cueille,

Avoir comme une nonne un sentiment d’oiseau,

Croire que tout est bon parce que tout est beau,

Semer l’hysope franche et n’aimer que sa joie

Parmi l’agneau de laine et la chèvre de soie.

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❤️ Cécile Sauvage ❤️

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