Sans oublier …

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Sans l’oublier
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Sans l’oublier, on peut fuir ce qu’on aime.

On peut bannir son nom de ses discours,

Et, de l’absence implorant le secours,

Se dérober à ce maître suprême,

Sans l’oublier !
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Sans l’oublier, j’ai vu l’eau, dans sa course,

Porter au loin la vie à d’autres fleurs ;

Fuyant alors le gazon sans couleurs,

J’imitai l’eau fuyant loin de la source,

Sans l’oublier !
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Sans oublier une voix triste et tendre,

Oh ! que de jours j’ai vus naître et finir !

Je la redoute encor dans l’avenir :

C’est une voix que l’on cesse d’entendre,

Sans l’oublier !
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❤️ Marceline DESBORDES-VALMORE ❤️
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J’abandonne sur une chaise le journal du matin …

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Chansons Déjeuner en paix 

Stephan Eicher
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J’abandonne sur une chaise le journal du matin 

Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent 

J’attends qu’elle se réveille et qu’elle se lève enfin 

Je souffle sur les braises pour qu’elles prennent 
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Cette fois je ne lui annoncerai pas 

La dernière hécatombe 

Je garderai pour moi ce que m’inspire le monde 

Elle m’a dit qu’elle voulait si je le permettais 

Déjeuner en paix, déjeuner en paix 
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Je vais à la fenêtre et le ciel ce matin 

N’est ni rose ni honnête pour la peine 

 » Est-ce que tout va si mal ? Est-ce que rien ne va bien ? 

L’homme est un animal  » me dit-elle 
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Elle prend son café en riant 

Elle me regarde à peine 

Plus rien ne la surprend sur la nature humaine 

C’est pourquoi elle voudrait enfin si je le permets 

Déjeuner en paix, déjeuner en paix 

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Je regarde sur la chaise le journal du matin 
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Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent 

 » Crois-tu qu’il va neiger ?  » me demande-t-elle soudain 

 » Me feras-tu un bébé pour Noël ?  » 
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Et elle prend son café en riant 

Elle me regarde à peine 

Plus rien ne la surprend sur la nature humaine 

C’est pourquoi elle voudrait enfin si je le permets 

Déjeuner en paix, déjeuner en paix
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… Deux Chaises … 

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Mets ta chaise près de la mienne
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Mets ta chaise près de la mienne 

Et tends les mains vers le foyer 

Pour que je voie entre tes doigts 

La flamme ancienne 

Flamboyer ; 

Et regarde le feu 

Tranquillement, avec tes yeux 

Qui n’ont peur d’aucune lumière 

Pour qu’ils me soient encore plus francs 

Quand un rayon rapide et fulgurant 

Jusques au fond de toi les frappe et les éclaire.
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Oh ! que notre heure est belle et jeune encore 

Quand l’horloge résonne avec son timbre d’or 

Et que, me rapprochant, je te frôle et te touche 

Et qu’une lente et douce fièvre 

Que nul de nous ne désire apaiser, 

Conduit le sûr et merveilleux baiser 

Des mains jusques au front, et du front jusqu’aux lèvres.
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Comme je t’aime alors, ma claire bien-aimée, 

Dans ta chair accueillante et doucement pâmée 

Qui m’entoure à son tour et me fond dans sa joie ! 

Tout me devient plus cher, et ta bouche et tes bras 

Et tes seins bienveillants, où mon pauvre front las, 

Après l’instant de plaisir fou que tu m’octroies, 

Tranquillement, près de ton coeur, reposera.
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Car je t’aime encor mieux après l’heure charnelle 

Quand ta bonté encor plus sûre et maternelle 

Fait succéder le repos tendre à l’âpre ardeur 

Et qu’après le désir criant sa violence 

J’entends se rapprocher le régulier bonheur 

Avec des pas si doux qu’ils ne sont que silence.
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❤️ Emile Verhaeren ❤️
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J’ai demandé à la Lune … 

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J’ai demandé à la Lune – Indochine

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J’ai demandé à la lune 

Et le soleil ne le sait pas 

Je lui ai montré mes brûlures 

Et la lune s’est moquée de moi 

Et comme le ciel n’avait pas fière allure 

Et que je ne guérissais pas 

Je me suis dit quelle infortune 

Et la lune s’est moquée de moi 
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J’ai demandé à la lune 

Si tu voulais encore de moi 

Elle m’a dit « j’ai pas l’habitude 

De m’occuper des cas comme ça » 

Et toi et moi 

On était tellement sûr 

Et on se disait quelquefois 

Que c’était juste une aventure 

Et que ça ne durerait pas 
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Je n’ai pas grand chose à te dire 

Et pas grand chose pour te faire rire 
Car j’imagine toujours le pire 

Et le meilleur me fait souffrir 
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J’ai demandé à la lune 

Si tu voulais encore de moi 

Elle m’a dit « j’ai pas l’habitude 

De m’occuper des cas comme ça » 

Et toi et moi 

On était tellement sûr 

Et on se disait quelques fois 

Que c’était juste une aventure 

Et que ça ne durerait pas
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