Mains

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Mains
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Ce ne sont pas des mains d’altesse, 

De beau prélat quelque peu saint, 

Pourtant une délicatesse 

Y laisse son galbe succinct.
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Ce ne sont pas des mains d’artiste, 

De poète proprement dit, 

Mais quelque chose comme triste 

En fait comme un groupe en petit ;
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Car les mains ont leur caractère, 

C’est tout un monde en mouvement 

Où le pouce et l’auriculaire 

Donnent les pôles de l’aimant.
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Les météores de la tête 

Comme les tempêtes du coeur, 

Tout s’y répète et s’y reflète 

Par un don logique et vainqueur.
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Ce ne sont pas non plus les palmes 

D’un rural ou d’un faubourien ; 

Encor leurs grandes lignes calmes 

Disent :  » Travail qui ne doit rien.  »
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Elles sont maigres, longues, grises, 

Phalange large, ongle carré. 

Tels en ont aux vitraux d’églises 

Les saints sous le rinceau doré,
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Ou tels quelques vieux militaires 

Déshabitués des combats 

Se rappellent leurs longues guerres 

Qu’ils narrent entre haut et bas.
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Ce soir elles ont, ces mains sèches, 

Sous leurs rares poils hérissés, 

Des airs spécialement rêches, 

Comme en proie à d’âpres pensers.
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Le noir souci qui les agace, 

Leur quasi-songe aigre les font 

Faire une sinistre grimace 

A leur façon, mains qu’elles sont.
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J’ai peur à les voir sur la table 

Préméditer là, sous mes yeux, 

Quelque chose de redoutable, 

D’inflexible et de furieux.
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La main droite est bien à ma droite, 

L’autre à ma gauche, je suis seul. 

Les linges dans la chambre étroite 

Prennent des aspects de linceul,
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Dehors le vent hurle sans trêve, 

Le soir descend insidieux… 

Ah ! si ce sont des mains de rêve, 

Tant mieux, – ou tant pis, – ou tant mieux !
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❤️ Paul Verlaine ❤️
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Nostalgie Parisienne

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Nostalgie parisienne
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Bon Suisse expatrié, la tristesse te gagne,

Loin de ton Alpe blanche aux éternels hivers ;

Et tu songes alors aux prés de fleurs couverts,

A la corne du pâtre, au loin, dans la montagne.
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Lassé parfois, je fuis la ville comme un bagne, 

Et son ciel fin, miré dans la Seine aux flots verts.

Mais c’est là que mes yeux d’enfant se sont ouverts,

Et le mal du pays me prend, à la campagne.
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Le vrai fils de Paris ne regrette pas moins 

Le relent du pavé que, toi, l’odeur des foins. 

Montagnard nostalgique, – il faut que tu le saches. –
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Mon coeur, comme le tien, fidèle et casanier, 

Souffre en exil, et l’air strident du fontainier 

Me ferait fondre en pleurs ainsi qu’un Ranz des Vaches.

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❤️ François Coppée ❤️
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