Plusieurs … langues … 

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Les langues
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Le russe est froid, presque cruel,

L’allemand chuinte ses consonnes ;

Italie, en vain tu résonnes

De ton baiser perpétuel.
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Dans l’anglais il y a du miel,

Des miaulements de personnes

Qui se disent douces et bonnes ;

Ça sert, pour le temps actuel.
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Les langues d’orient ? regret

Ou gloussement sans intérêt.

Chère, quand tu m’appelles Charles,
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Avec cet accent sang pareil

Le langage que tu me parles,

C’est le français, clair de soleil.
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❤️ Charles CROS (1842-1888) ❤️
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Saturne …

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Il est morne, il est taciturne
Il préside aux choses du temps

Il porte un joli nom, Saturne

Mais c’est Dieu fort inquiétant

Il porte un joli nom, Saturne

Mais c’est Dieu fort inquiétant

En allant son chemin, morose

Pour se désennuyer un peu

Il joue à bousculer les roses

Le temps tue le temps comme il peut

Il joue à bousculer les roses

Le temps tue le temps comme il peut

Cette saison, c’est toi, ma belle

Qui a fait les frais de son jeu

Toi qui a dû payer la gabelle

Un grain de sel dans tes cheveux

Toi qui a dû payer la gabelle

Un grain de sel dans tes cheveux

C’est pas vilain, les fleurs d’automne

Et tous les poètes l’ont dit

Je regarde et je donne

Mon billet qu’ils n’ont pas menti

Je regarde et je donne

Mon billet qu’ils n’ont pas menti

Viens encore, viens ma favorite

Descendons ensemble au jardin

Viens effeuiller la marguerite

De l’été de la Saint-Martin

Viens effeuiller la marguerite

De l’été de la Saint-Martin

Je sais par coeur toutes tes grâces

Et pour me les faire oublier

Il faudra que Saturne en fasse

Des tours d’horloge, de sablier

Et la petite pisseuse d’en face

Peut bien aller se rhabiller.
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La couronne effeuillée …

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La Couronne Effeuillée
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J’ irai, j’ irai porter ma couronne effeuillée

Au jardin de mon père où revit toute fleur ;

J’ y répandrai longtemps mon âme agenouillée:

Non père a des secrets pour vaincre la douleur.
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J’ irai, j’ irai lui dire, au moins avec mes larmes:

« Regardez, j’ ai souffert…  » il me regardera,

Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes, 

Parce qu’ il est mon père il me reconnaîtra.
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Il dira :  » c’ est donc vous, chère âme désolée

La terre manque-t-elle à vos pas égarés ?

Chère âme, je suis Dieu : ne soyez plus troublée ;

Voici votre maison, voici mon coeur, entrez !  »
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O clémence ! ô douceur ! ô saint refuge ! ô père !

Votre enfant qui pleurait vous l’ avez entendu !

Je vous obtiens déjà puisque je vous espère

Et que vous possédez tout ce que j’ ai perdu.
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Vous ne rejetez pas la fleur qui n’ est plus belle ;

Ce crime de la terre au ciel est pardonné.

Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,

Non d’ avoir rien vendu, mais d’ avoir tout donné.
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❤️ Marceline Desbordes-Valmore ❤️
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