Les Yeux

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Les yeux

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Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;

Ils dorment au fond des tombeaux

Et le soleil se lève encore.

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Les nuits plus douces que les jours

Ont enchanté des yeux sans nombre ;

Les étoiles brillent toujours

Et les yeux se sont remplis d’ombre.

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Oh ! qu’ils aient perdu le regard,

Non, non, cela n’est pas possible !

Ils se sont tournés quelque part

Vers ce qu’on nomme l’invisible ;

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Et comme les astres penchants,

Nous quittent, mais au ciel demeurent,

Les prunelles ont leurs couchants,

Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :

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Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelque immense aurore,

De l’autre côté des tombeaux

Les yeux qu’on ferme voient encore.
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❤️ René-François SULLY PRUDHOMME ❤️
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PENSEE PERDUE

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Pensée perdue
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Elle est si douce, la pensée, 

Qu’il faut, pour en sentir l’attrait, 

D’une vision commencée 

S’éveiller tout à coup distrait.
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Le coeur dépouillé la réclame ; 

Il ne la fait point revenir, 

Et cependant elle est dans l’âme, 

Et l’on mourrait pour la finir.
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A quoi pensais-je tout à l’heure ? 

A quel beau songe évanoui 

Dois-je les larmes que je pleure ? 

Il m’a laissé tout ébloui.
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Et ce bonheur d’une seconde, 

Nul effort ne me l’a rendu ; 

Je n’ai goûté de joie au monde 

Qu’en rêve, et mon rêve est perdu.
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❤️ René-François SULLY PRUDHOMME ❤️
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