Le Réveil

Le réveil

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Si tu m’appartenais (faisons ce rêve étrange ! ),

Je voudrais avant toi m’éveiller le matin

Pour m’accouder longtemps près de ton sommeil d’ange,

Egal et murmurant comme un ruisseau lointain.

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J’irais à pas discrets cueillir de l’églantine,

Et, patient, rempli d’un silence joyeux,

J’entr’ouvrirais tes mains, qui gardent ta poitrine,

Pour y glisser mes fleurs en te baisant les yeux.

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Et tes yeux étonnés reconnaîtraient la terre

Dans les choses où Dieu mit le plus de douceur,

Puis tourneraient vers moi leur naissante lumière,

Tout pleins de mon offrande et tout pleins de ton coeur.

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Oh ! Comprends ce qu’il souffre et sens bien comme il aime,

Celui qui poserait, au lever du soleil,

Un bouquet, invisible encor, sur ton sein même,

Pour placer ton bonheur plus près de ton réveil !

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❤️ René-François Sully Prudhomme ❤️

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Les Yeux

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Les yeux

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Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;

Ils dorment au fond des tombeaux

Et le soleil se lève encore.

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Les nuits plus douces que les jours

Ont enchanté des yeux sans nombre ;

Les étoiles brillent toujours

Et les yeux se sont remplis d’ombre.

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Oh ! qu’ils aient perdu le regard,

Non, non, cela n’est pas possible !

Ils se sont tournés quelque part

Vers ce qu’on nomme l’invisible ;

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Et comme les astres penchants,

Nous quittent, mais au ciel demeurent,

Les prunelles ont leurs couchants,

Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :

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Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelque immense aurore,

De l’autre côté des tombeaux

Les yeux qu’on ferme voient encore.
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❤️ René-François SULLY PRUDHOMME ❤️
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PENSEE PERDUE

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Pensée perdue
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Elle est si douce, la pensée, 

Qu’il faut, pour en sentir l’attrait, 

D’une vision commencée 

S’éveiller tout à coup distrait.
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Le coeur dépouillé la réclame ; 

Il ne la fait point revenir, 

Et cependant elle est dans l’âme, 

Et l’on mourrait pour la finir.
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A quoi pensais-je tout à l’heure ? 

A quel beau songe évanoui 

Dois-je les larmes que je pleure ? 

Il m’a laissé tout ébloui.
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Et ce bonheur d’une seconde, 

Nul effort ne me l’a rendu ; 

Je n’ai goûté de joie au monde 

Qu’en rêve, et mon rêve est perdu.
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❤️ René-François SULLY PRUDHOMME ❤️
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