Je voudrais aller me promener dans les bois

.

Je voudrais aller me promener dans les bois ; 

j’aurais un grand chapeau, une robe légère, 

je me griserais d’air et de bonne lumière, 

et tu me rapprendrais à marcher à ton bras.
.

.
Je voudrais aller dans un grand bois, un vieux bois, 

où l’on dit que les fées se promènent encore ; 

peut-être en attendant du soir jusqu’à l’aurore, 

qu’une d’elles nous laisserait ouïr sa voix.
.

.
Moi je n’ai pas vu d’arbres depuis si longtemps, 

ni de fleurs dans les jardins ! Celles que tu portes,

et que tu poses sur mon lit, à moitié mortes, 

achèvent de mourir dans les appartements.
.

.
Ce ne sont pas de vraies fleurs libres sous le ciel ;

elles ont des robes rouges trop tuyautées,

puis, sur les draps, on dirait des taches figées,

taches de sang qui font plus pâles mes mains frêles.
.

.
J’aime mes mains à présent, elles sont si blanches ! 

je vois les petites veines bleues sous la peau, 

je n’ai gardé à ma main gauche que l’anneau, 

l’anneau d’or que tu m’as donné avec ton âme.
.

.
Mes pauvres mains ont l’air si lasses sur les draps !

Ah ! je voudrais sortir, marcher, je me sens forte, 

je voudrais fuir bien loin, et refermer la porte 

sur cette chambre monotone de malade.
.

.
❤️ Marie NERVAT (1874-1909) ❤️
.

.