Comme est simple ta voix …

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Les vers que je t’écris ne sont pas d’Orient, 
Je ne t’ai pas connu dans de beaux paysages, 

Je ne t’ai vu mobile, anxieux ou riant, 

Qu’en des lieux sans beauté qu’animait ton visage. 
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Tout le tragique humain je l’ai dit simplement, 

Comme est simple ta voix, comme est simple ton geste, 

Comme est simple, malgré son fastueux tourment, 

Mon invincible esprit que ton oeil rend modeste. 
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Mon front méditatif, et qui porte le poids 

De sentir s’emmêler à mes pensers les astres, 

Te bénit pour avoir appris auprès de toi 

Le rêve resserré et les humbles désastres. 
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Et si ton innocent et rayonnant aspect 

Ne m’avait longuement imposé son mirage, 

Je n’aurais pas la vive et misérable paix 

Qui préserve mes jours des douleurs sans courage… 
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❤️ Anna de Brancovan, comtesse de Noailles ❤️
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Je sors vous découvrir … 

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Je sors vous découvrir…
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Je sors vous découvrir ailleurs les poètes

Chacun ailleurs en dehors de cette petite vie

J’irai vous découvrir parmi la vie de tout le monde

Et la mort de tout le monde

Où tous ont étalé la fuite de leur vie sur le plancher

Pas chez moi, je vous en prie.
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C’est là que vous allez vous éveiller

Me décomposer tout l’univers

Devant moi et le reconstruire

À débordement de tous cadres.
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❤️ Hector de SAINT-DENYS GARNEAU ❤️

      (1912-1943)
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Elle attend …

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Elle attend ….
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Elle attend là, inlassablement,

Que la vague l’emporte,

Qu’on lui ouvre la porte.

Etat d’esprit libre, paisible, serein,

Le vent lui caresse les seins.

Elle rêve, elle rêve bien éveillée,

Que le Bonheur immense

Lui apporte à outrance 

Une fièvre des plus intense.

Son corps nu sur la Terre,

La tête en haut, les yeux en l’air…

Elle attend patiemment, le Va et Vient de son amant. 
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❤️ Véronique Galvao ❤️
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Des panneaux immenses

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Des panneaux immenses
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Ils ont fermé les issues

Bouché les tunnels

Barré l’entrée des rues
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Ils ont planté partout

Des panneaux immenses
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Interdiction de circuler

De stationner

De s’arrêter
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Hôpital silence

Portes closes sur l’espoir
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Ne pas parler au conducteur
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Aux oubliettes les délires

L’heure c’est l’heure

Mort aux retardataires
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Défense d’uriner

Défense de fumer

Défense de boire

Ne respirer 

Que d’un seul poumon
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Éviter de franchir

La ligne d’horizon
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❤️ Jacques Herman ❤️
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Couture 

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Couture
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Feuillages verts en plumetis

Satin crème pour la rivière

Arbres noirs à la boutonnière

Ciel de linon léger et gris

Gazon de velours rembourré

(Surtout n’y perdez pas mon dé !)

La Nature au printemps s’affaire

Dans son salon de couturière !
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❤️ Michèle CORTI ❤️
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« Le Savoir se fait avoir … » de Dame Silu

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« Le Savoir Se Fait Avoir »
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« Qu’est ce que le savoir?
Est-ce que savoir c’est s’avoir?
Est-ce que je m’ai quand je sais?
Où est-ce que je mets ce que je sais?
Ou bien est-ce que je mêêêh si je ne sais rien?
Est ce que le savoir peut se voir?
Et qu’est ce que j’en fais quand je l’ai?
Ce quaesitio sans queue ni tête,
C’est au sein du savoir pourtant qu’il tète !
Et les questions sont sans réponse.
Je ne sais pas.
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Le savoir m’entête et m’étonne,
Le savoir détonne et c’est une fête !
Pas besoin d’en faire des tonnes,
Un simple signe de la tête.
Même le hibou trouve ça chouette !
Il faut savoir s’ouvrir au savoir !
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Mais parfois à son contact, certains esprits semblent gelés….
Il est victime d’un jeu bien laid…
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Le savoir se fait avoir
Car il est mal aimé.
Dans un monde où règne le Moi,
Le savoir perd ses avoir,
Alors que l’idiot est fait roi.
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Mais que savons nous?
L’épistémologie nous rend fou !
Et quand nous savons,
Est-on plus propre que quand on ne sait pas?
Et quand le savon s’en tamponne,
Est-ce que le savoir ne nous sied pas?
C’est la bêtise que je savonne.
Car qui sait, sait.
Car qui c’est??
C’est l’plombier !

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Le savoir se fait valoir
Lorsque celui qui ne sait en a soif et s’en vient à l’abreuvoir.
L’esprit alors barbote et s’épanouit,
Les pensées poussent sans souci…
Et c’est un bouquet que l’on respire à plein nez !
Le savoir est un roc, un cap, une péninsule !
Pourquoi s’en détourner?
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Si son hôte n’a que faire du savoir,
Le cerveau assoiffé passe au séchoir…
Le cortex maltraité s’en va alors à la plage,
Laissant seul son hôte, plus léger,
En harmonie parfaite avec notre société de mirages,
Rivage où viennent échouer les belles pensées échues et déchues.
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Je suis déçue de voir que le savoir ne se savoure plus.
Et qu’au lieu de cela,
Le savoir va se faire voir.
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Et pourtant, qui trouve savoir trouve sa voie !
Surtout devant une bonne fondue !
Mais la sottise me laisse sans voix.
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Et celui qui ne sait rien et le sait bien,
Sait mieux que celui qui sait tout mais s’en fout…
Car celui qui ne sait rien mais bien,
Ne hait point le savoir et l’accueille.
Ainsi ses fruits il cueille
Et ses graines il sème.
Car le savoir est fait de « sèmes »,
Il est une valse de mots qui s’aiment…
Celui qui ne sait rien mais veut apprendre
S’envole vers de nouveaux horizons.
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Et partout où le savoir s’apprécie,
Souvent les sens s’en émeuvent…
Sirotons le savoir sans appréhension,
Susurrons malgré tout le savoir à l’oreille des sourds !
Ces sourds volontaires et réfractaires aux beaux mots,

Dont la vie n’est faite que de gros mots…
Car au bas mot, je dirais qu’ils sont légion…
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Mais que diable, le savoir c’est dépassé !
Le salut est sans espoir !
Parce que les couards préfèrent de loin leurs défouloirs…
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Certes,
Le savoir ne vaut rien sans sagesse,
Le savoir pour lui seul est un leurre douteux,
Et celui qui veut savoir doit savoir se connaitre !
Il n’est pas une fin en soi !
(Ni en coton d’ailleurs.)
Et la faim de savoir doit y prendre garde.
Mais le jeter tel une fripe démodée et ringarde,
Le refuser en bloc, rire de lui, et de ceux qui l’apprécient,
Est tout aussi absurde et abscons
Que de clamer haut et fort
Que l’on vit très bien sans air.
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Rien de pis que celui qui ne sait,
Et en fait une fierté.
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Et pas de pis de vaches,
En dépit de tout. »
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❤️ Dame Silu ❤️

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[ http://damesilu.blogspot.fr/2013/06/poeme-le-savoir-se-fait-avoir.html?m=1 ]
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Saisons brouillées … 

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Saisons brouillées
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Quand naissent les fleurs au chant des oiseaux

Ton étrange voix gravement résonne,

Et comme aux échos des forêts d’automne 

Un pressentiment court jusqu’en mes os.
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Quand l’or des moissons mûrit sous la flamme, 

Ton lointain sourire à peine tracé

Me pénètre ainsi qu’un brouillard glacé. 

L’hiver boréal envahit mon âme.
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Quand saignent au soir les bois dépouillés, 

L’odeur de ta main laisse dans la mienne 

L’odeur des printemps d’une étoile ancienne, 

Et je sombre au fond d’espoirs oubliés.
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Es-tu donc un monde au rebours du nôtre

Changeant et mortel, où je vis aussi ?

Soumis à lui seul, insensible ici,

Si je meurs dans l’un, survivrai-je en l’autre ?
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Je regarderai dans tes yeux ouverts

Quand viendront le froid, la neige et la pluie.

La perdrai-je encor, mon âme éblouie,

Dans tes yeux brûlants comme les déserts ?
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❤️ Léon Dierx ❤️
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