Le rendez-vous

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Le rendez-vous
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Il m’attend ! Je ne sais quelle mélancolie

Au trouble de l’amour se mêle en cet instant ;

Mon coeur s’est arrêté sous ma main affaiblie ;

L’heure sonne au hameau ; je l’écoute… et pourtant

Il m’attend !
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Il m’attend ! D’où vient donc que dans ma chevelure

Je ne puis enlacer les fleurs qu’il aime tant ?

J’ai commencé deux fois sans finir ma parure,

Je n’ai pas regardé le miroir… et pourtant

Il m’attend !
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Il m’attend ! Le bonheur recèle-t-il des larmes ?

Que faut-il inventer pour le rendre content ?

Mes bouquets, mes aveux, ont-ils perdu leurs charmes ?

Il est triste, il soupire, il se tait… et pourtant

Il m’attend !
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Il m’attend ! Au retour serai-je plus heureuse ?

Quelle crainte s’élève en mon sein palpitant ?

Ah ! Dût-il me trouver moins tendre que peureuse,

Ah ! Dussé-je en pleurer, viens, ma mère… et pourtant

Il m’attend !
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❤️ Marceline DESBORDES-VALMORE ❤️
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Pourquoi ? 

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Pourquoi ?
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Quand vous suiviez ma trace,

J’allais avoir quinze ans,

Puis la fleur, puis la grâce,

Puis le feu du printemps.
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J’étais blonde et pliante

Comme l’épi mouvant,

Et surtout moins savante

Que le plus jeune enfant.
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J’avais ma douce mère,

Me guidant au chemin,

Attentive et sévère

Quand vous cherchiez ma main.
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C’est beau la jeune fille

Qui laisse aller son coeur

Dans son regard qui brille

Et se lève au bonheur !
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Vous me vouliez pour femme,

Je le jurais tout bas.

Vous mentiez à votre âme,

Moi, je ne mentais pas.
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Si la fleur virginale

D’un brûlant avenir,

Si sa plus fraîche annale

N’ont pu vous retenir,
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Pourquoi chercher ma trace

Quand je n’ai plus quinze ans,

Ni la fleur, ni la grâce,

Ni le feu du printemps ?
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❤ Marceline DESBORDES-VALMORE ❤
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Sans oublier …

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Sans l’oublier
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Sans l’oublier, on peut fuir ce qu’on aime.

On peut bannir son nom de ses discours,

Et, de l’absence implorant le secours,

Se dérober à ce maître suprême,

Sans l’oublier !
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Sans l’oublier, j’ai vu l’eau, dans sa course,

Porter au loin la vie à d’autres fleurs ;

Fuyant alors le gazon sans couleurs,

J’imitai l’eau fuyant loin de la source,

Sans l’oublier !
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Sans oublier une voix triste et tendre,

Oh ! que de jours j’ai vus naître et finir !

Je la redoute encor dans l’avenir :

C’est une voix que l’on cesse d’entendre,

Sans l’oublier !
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❤️ Marceline DESBORDES-VALMORE ❤️
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Ame et jeunesse

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Ame et jeunesse
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Puisque de l’enfance envolée
Le rêve blanc,

Comme l’oiseau dans la vallée,

Fuit d’un élan ;
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Puisque mon auteur adorable

Me fait errer

Sur la terre où rien n’est durable

Que d’espérer ;
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A moi jeunesse, abeille blonde

Aux ailes d’or !

Prenez une âme, et par le monde,

Prenons l’essor ;
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Avançons, l’une emportant l’autre,

Lumière et fleur,

Vous sur ma foi, moi sur la vôtre,

Vers le bonheur !
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Vous êtes, belle enfant, ma robe,

Perles et fil,

Le fin voile où je me dérobe

Dans mon exil.
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Comme la mésange s’appuie

Au vert roseau,

Vous êtes le soutien qui plie ;

Je suis l’oiseau !
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Bouquets défaits, tête penchée,

Du soir au jour,

Jeunesse ! On vous dirait fâchée

Contre l’amour.
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L’amour luit d’orage en orage ;

Il faut souvent

Pour l’aborder bien du courage

Contre le vent !
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L’amour c’est Dieu, jeunesse aimée !

Oh ! N’allez pas,

Pour trouver sa trace enflammée,

Chercher en bas :
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En bas tout se corrompt, tout tombe,

Roses et miel ;

Les couronnes vont à la tombe,

L’amour au ciel !
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Dans peu, bien peu, j’aurai beau faire :

Chemin courant,

Nous prendrons un chemin contraire,

En nous pleurant.
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Vous habillerez une autre âme

Qui descendra,

Et toujours l’éternelle flamme

Vous nourrira !
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Vous irez où va chanter l’heure,

Volant toujours ;

Vous irez où va l’eau qui pleure,

Où vont les jours ;
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Jeunesse ! Vous irez dansante

A qui rira,

Quand la vieillesse pâlissante

M’enfermera !
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❤️ Marceline DESBORDES-VALMORE ❤️
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Toi ! 

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Toi !
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De Thomas Moore.
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Du frais matin la brillante lumière,

L’ardent midi, l’adieu touchant du jour,

La nuit qui vient plus douce à ma paupière

Pâle et sans bruit rêver avec l’amour,

Le temps jaloux qui trompe et qui dévore,

L’oiseau captif qui languit près de moi,

Tout ce qui passe, et qu’à peine je voi,

Me trouve seul… seul ! Mais vivant encore

De toi !
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Des arts aimés quand l’essaim m’environne,

L’ennui secret les corrompt et m’atteint.

En vain pour moi la fête se couronne :

La fête pleure et le rire s’éteint.

L’unique asile où tu me sois restée,

Le sanctuaire où partout je te voi,

Ah ! C’est mon âme en secret visitée

Par toi !
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La gloire un jour a distrait mon jeune âge ;

En te cherchant j’ai perdu son chemin.

Comme à l’aimant je vais à ton image ;

L’ombre est si belle où m’attire ta main !

Ainsi qu’aux flots les barques se balancent,

Mes ans légers ont glissé loin de moi ;

Mais à présent dans tout ce que je voi,

Mes yeux, mon coeur, mes voeux, mes pas s’élancent

Vers toi !
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Je dis ton nom dans ma gaîté rendue,

Je dis ton nom quand je rapprends les pleurs ;

Dans le désert la colombe perdue

Ne sait qu’un chant pour bercer ses douleurs.

Égide chère à ma vie embrasée,

Le monde en vain jette ses maux sur moi ;

Mon âme un jour sera calme ou brisée

Par toi !
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❤️ Marceline DESBORDES-VALMORE ❤️
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La couronne effeuillée …

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La Couronne Effeuillée
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J’ irai, j’ irai porter ma couronne effeuillée

Au jardin de mon père où revit toute fleur ;

J’ y répandrai longtemps mon âme agenouillée:

Non père a des secrets pour vaincre la douleur.
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J’ irai, j’ irai lui dire, au moins avec mes larmes:

« Regardez, j’ ai souffert…  » il me regardera,

Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes, 

Parce qu’ il est mon père il me reconnaîtra.
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Il dira :  » c’ est donc vous, chère âme désolée

La terre manque-t-elle à vos pas égarés ?

Chère âme, je suis Dieu : ne soyez plus troublée ;

Voici votre maison, voici mon coeur, entrez !  »
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O clémence ! ô douceur ! ô saint refuge ! ô père !

Votre enfant qui pleurait vous l’ avez entendu !

Je vous obtiens déjà puisque je vous espère

Et que vous possédez tout ce que j’ ai perdu.
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Vous ne rejetez pas la fleur qui n’ est plus belle ;

Ce crime de la terre au ciel est pardonné.

Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,

Non d’ avoir rien vendu, mais d’ avoir tout donné.
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❤️ Marceline Desbordes-Valmore ❤️
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LES FLEURS

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Oh ! de l’air ! des parfums ! des fleurs pour me nourrir ! 

Il semble que les fleurs alimentent ma vie ; 

Mais elles vont mourir…. Ah ! je leur porte envie : 

Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c’est bien mourir !

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Pour éteindre une fleur il faut moins qu’un orage : 

Moi, je sais qu’une larme effeuille le bonheur. 

À la fleur qu’on va fuir qu’importé un long courage ? 

Heureuse, elle succombe à son premier malheur !
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Roseaux moins fortunés, les vents, dans leur furie, 

Vous outragent longtemps sans briser votre sort ; 

Ainsi, roseau qui marche en sa gloire flétrie, 

L’homme achète longtemps le bienfait de la mort !
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Et moi, je veux des fleurs pour appuyer ma vie ; 

A leurs frêles parfums j’ai de quoi me nourrir : 

Mais elles vont mourir…. Ah ! je leur porte envie ; 

Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c’est bien mourir !
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❤️ Marceline Desbordes-Valmore ❤️
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