Premier sourire de Printemps

Premier sourire du printemps
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Tandis qu’à leurs oeuvres perverses

Les hommes courent haletants,

Mars qui rit, malgré les averses,

Prépare en secret le printemps.
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Pour les petites pâquerettes,

Sournoisement lorsque tout dort,

Il repasse des collerettes

Et cisèle des boutons d’or.
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Dans le verger et dans la vigne,

Il s’en va, furtif perruquier,

Avec une houppe de cygne,

Poudrer à frimas l’amandier.
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La nature au lit se repose ;

Lui descend au jardin désert,

Et lace les boutons de rose

Dans leur corset de velours vert.
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Tout en composant des solfèges,

Qu’aux merles il siffle à mi-voix,

Il sème aux prés les perce-neiges

Et les violettes aux bois.
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Sur le cresson de la fontaine

Où le cerf boit, l’oreille au guet,

De sa main cachée il égrène

Les grelots d’argent du muguet.
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Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,

Il met la fraise au teint vermeil,

Et te tresse un chapeau de feuilles

Pour te garantir du soleil.
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Puis, lorsque sa besogne est faite,

Et que son règne va finir,

Au seuil d’avril tournant la tête,

Il dit :  » Printemps, tu peux venir !  »

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❤️ Théophile Gautier ❤️

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LA ROSE-THE

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La rose-thé
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La plus délicate des roses

Est, à coup sûr, la rose-thé.

Son bouton aux feuilles mi-closes

De carmin à peine est teinté.
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On dirait une rose blanche

Qu’aurait fait rougir de pudeur,

En la lutinant sur la branche,

Un papillon trop plein d’ardeur.
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Son tissu rose et diaphane

De la chair a le velouté ;

Auprès, tout incarnat se fane

Ou prend de la vulgarité.
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Comme un teint aristocratique

Noircit les fronts bruns de soleil,

De ses soeurs elle rend rustique

Le coloris chaud et vermeil.
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Mais, si votre main qui s’en joue,

A quelque bal, pour son parfum,

La rapproche de votre joue,

Son frais éclat devient commun.
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Il n’est pas de rose assez tendre

Sur la palette du printemps,

Madame, pour oser prétendre

Lutter contre vos dix-sept ans.
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La peau vaut mieux que le pétale,

Et le sang pur d’un noble coeur

Qui sur la jeunesse s’étale,

De tous les roses est vainqueur !
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❤️ Théophile GAUTIER ❤️
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Pendant la tempête …

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Pendant la tempête.

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La barque est petite et la mer immense ;

La vague nous jette au ciel en courroux,

Le ciel nous renvoie au flot en démence :

Près du mât rompu prions à genoux !
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De nous à la tombe, il n’est qu’une planche.

Peut-être ce soir, dans un lit amer,

Sous un froid linceul fait d’écume blanche,

Irons-nous dormir, veillés par l’éclair !
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Fleur du paradis, sainte Notre-Dame,

Si bonne aux marins en péril de mort,

Apaise le vent, fais taire la lame,

Et pousse du doigt notre esquif au port.
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Nous te donnerons, si tu nous délivres,

Une belle robe en papier d’argent,

Un cierge à festons pesant quatre livres,

Et, pour ton Jésus, un petit saint Jean.
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❤️ Théophile Gautier, España ❤️
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