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Quand tu me vois baiser tes bras …

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Quand tu me vois baiser tes bras
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Stances
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Quand tu me vois baiser tes bras,

Que tu poses nus sur tes draps,

Bien plus blancs que le linge même,

Quand tu sens ma brûlante main

Se pourmener dessus ton sein,

Tu sens bien, Cloris, que je t’aime.
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Comme un dévot devers les cieux,
Mes yeux tournés devers tes yeux,

A genoux auprès de ta couche,

Pressé de mille ardents désirs, 

Je laisse sans ouvrir ma bouche,

Avec toi dormir mes plaisirs.
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Le sommeil aise de t’avoir

Empêche tes yeux de me voir,

Et te retient dans son empire

Avec si peu de liberté,

Que ton esprit tout arrêté

Ne murmure ni ne respire.
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La rose en rendant son odeur,

Le soleil donnant son ardeur,

Diane et le char qui la traîne,

Une Naïade dedans l’eau,

Et les Grâces dans un tableau,

Font plus de bruit que ton haleine.
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Là je soupire auprès de toi,

Et considérant comme quoi

Ton oeil si doucement repose,

Je m’écrie : ô Ciel ! peux-tu bien

Tirer d’une si belle chose

Un si cruel mal que le mien ?
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❤️ Théophile de VIAU (1590-1626) ❤️
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(Source blog « dessin de Daniel)

Tais-Toi mon coeur

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Pour moi c’est l’heure de foutre à la poubelle

Mon coeur en bois et pour de bon

C’est le crane serti d’étincelles

Que je viens donner ma démission
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Allez les oiseaux de mon corps

Fermez vos belles gueules à passion

Les accidents d’amour à la pelle

Ne m’ont pas toujours donné raison
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Tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Oh, tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Moi j’connais seulement celui qui s’emballe
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Je me fabrique un coeur de pierre

Pour devenir un grand garçon

Celui dont tu serais fier

Et pourrais tenir une maison
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Mais un beau jour comme ca tu te leve

Avec une idée à la con

Fouiller souvenirs et les rêves

Dans la poubelle à passion
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Tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Oh, tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Moi j’connais seulement celui qui s’emballe
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J’ai des fissures

Dans mes chaussures

C’est à coups sur

Mon coeur de pierre

Qui me fait des tremblements de terre

Tais-toi mon coeur
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Tais-toi mon coeur, mon coeur c’est toi

Je croyais que tu t’été tué et elle

Ne se souviendras pas de toi

D’ailleurs c’est pas la peine

De se briser comme ca

Tu vas encore lui faire peur
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Oh, tais toi mon coeur, tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas

Ecoutes moi

Je ne te reconnais pas

Tais toi mon coeur

Je ne te reconnais pas
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Ceux qui vivent …

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Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
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Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont

Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.

Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.

Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.

Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,

Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.

C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,

C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.

Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.

Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.

Car de son vague ennui le néant les enivre,

Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.

Inutiles, épars, ils traînent ici-bas

Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.

Ils s’appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.

Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,

Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,

N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ;

Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,

Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,

Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,

Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.

Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ;

Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;

Ceux qu’on ne connaît pas, ceux qu’on ne compte pas,

Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.

L’ombre obscure autour d’eux se prolonge et recule ;

Ils n’ont du plein midi qu’un lointain crépuscule,

Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,

Ils errent près du bord sinistre de la nuit.
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Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière

Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,

Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l’on va,

Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,

Regarder sans respect l’astre, la fleur, la femme,

Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme,

Pour de vains résultats faire de vains efforts,

N’attendre rien d’en haut ! ciel ! oublier les morts !

Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,

Fiers, puissants, ou cachés dans d’immondes repaires,

Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;

Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,

Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,

Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues !

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❤️ Victor Hugo ❤️
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(Illustration : « Un coeur en hiver », Loetitia Pillault, acrylique sur toile 33x46cm)
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