Toujours (2)

.


Tout est mensonge : aime pourtant,

Aime, rêve et désire encore ;

Présente ton coeur palpitant

À ces blessures qu’il adore.
.

.
Tout est vanité : crois toujours,

Aime sans fin, désire et rêve ;

Ne reste jamais sans amours,

Souviens-toi que la vie est brève.
.

.
De vertu, d’art enivre-toi ;

Porte haut ton coeur et ta tête ;

Aime la pourpre, comme un roi,

Et n’étant pas Dieu, sois poète !
.

.
Rêver, aimer, seul est réel :

Notre vie est l’éclair qui passe,

Flamboie un instant sur le ciel,

Et se va perdre dans l’espace.
.

.
Seule la passion qui luit

Illumine au moins de sa flamme

Nos yeux mortels avant la nuit

Éternelle, où disparaît l’âme.
.

.
Consume-toi donc, tout flambeau

Jette en brûlant de la lumière ;

Brûle ton coeur, songe au tombeau

Où tu redeviendras poussière.
.

.
Près de nous est le trou béant :

Avant de replonger au gouffre,

Fais donc flamboyer ton néant ;

Aime, rêve, désire et souffre !
.

.
❤ Jean LAHOR (1840-1909) ❤

          [Recueil : L’illusion]
.

.

Ouragan Nocturne

Ouragan nocturne
.

.
Le vent criait, le vent roulait ses hurlements, 

L’Océan bondissait le long de la falaise,

Et mon âme, devant ces épouvantements, 

Et ces larges flots noirs, respirait plus à l’aise.
.

.
La lune semblait folle, et courait dans les cieux, 

Illuminant la nuit dune clarté brumeuse ;

Et ce n’était au loin qu’aboiements furieux, 

Rugissements, clameurs de la mer écumeuse.
.

.
– Ô Nature éternelle, as-tu donc des douleurs ? 

Ton âme a-t-elle aussi ses heures d’agonie ? 

Et ces grands ouragans ne sont-ils pas des pleurs,

Et ces vents fous, tes cris de détresse infinie ?
.

.
Souffres-tu donc aussi, Mère qui nous a faits ? 

Et nous, sombres souvent comme tes nuits d’orage,

Inconstants, tourmentés, et comme toi mauvais, 

Nous sommes bien en tout créés à ton image.
.

.
❤️ Jean Lahor ❤️
.

.