L’Oreiller s’est vidé de sommeil …. 

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A la tombée du Plafond (1)
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I
Le vent n’a pas voulu votre haleine
l’oreiller s’est vidé de sommeil
Les colchiques sont des étoiles épuisées
et le matin glisse sur eux de son pas mouillé
de paupières pleines
Les bas mal tirés de l’aube
s’éclairent à peine de cuisses vernies
La fausse éloquence des usines
le rire faux des fenêtres
ne veulent plus se taire
Les murs se regardent sans comprendre
La buée est restée l’écorce docile des maisons
La tête ne pense pas dans la gelée des vitres
derrière la fenêtre il y a un grand vide
que ne peut chasser la main
Un vent fumeux un vent décapité
déborde au-dessus des trottoirs
amassés contre les portes closes
Pas un couteau de soleil dans le dos
la voix de la femme a la forme de sa robe
une tête sans yeux regarde derrière nos têtes
des signaux indéchiffrables heurtent nos certitudes
La pluie qui scie la porte
a pourri tant de cadavres mal enterrés
La lumière ne peut plus remonter
retenue dans les lampes livides
et dans les bouteilles bues
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❤️ Lucien Becker ❤️
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LA MAIN DE L’HOMME N’EST VRAIMENT VIVANTE …

Au fil de mes errances sur la toile, de blog poétique en blog poétique, je fini pas cliquer sur un lien m’amenant sur cette strophe de Lucien Becker :

« La main de l’homme n’est vraiment vivante
que quand elle s’enfonce entre deux cuisses
pour y chercher un sexe
qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe »

Oui, le blog en question ne publie QUE de la poèsie érotique …

Cette strophe, me coupe dans mon élan … La main de l’homme n’est-elle vivante qu’ainsi située ? Moi qui fantasme sur la main du poète, soudée à sa plume … Sur la main du peintre attachée à son pinceau …

A défaut de me troubler, l’image m’amuse … Un temps …

Et puis, ne m’amuse plus lorsque je découvre l’ensemble du poème … L’ensemble du desespoir de Lucien Becker …. « Rien à Vivre » ….

Touchée, bouleversée …

Le désir comme « seule issue » …
Le désir comme une respiration, une bouffée d’oxygène pour ne pas sombrer ….

Je vous laisse (re)découvrir le poème en question 😉

*** Idéelle ***

 

 

 

*** Après une journée perdue comme toutes les autres
à attendre dans un bureau qu’on ait gagné sa vie,
on entre dans la nuit
avec la certitude qu’elle vous offrira sa rançon de femmes.

Nuit toujours pareille avec ses convois de lumière
nuit tournant sous de hautes montagnes de vent
nuit qui fait briller les regards
nuit légère sur les paupières comme la mer sur les coquillages.

La main de l’homme n’est vraiment vivante
que quand elle s’enfonce entre deux cuisses
pour y chercher un sexe
qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe.

Cette chair que je froisse que j’attire à moi
comme une branche trop chargée
cette chair qui frémit
à mesure qu’on la dénude de son linge
comme on le fait à une jeune pousse
de l’argile qui la recouvre
cette chair est la seule étendue
où mon corps peut jeter l’ancre.

Cette chair est la seule issue
qui me mène à la pointe d’un désir
neuf et luisant comme un fer qu’on forge.
Comme une taupe le désir fouille cette femme
qui respire de tout son ventre.

© Lucien Becker, Rien à Vivre, 1947, Gallimard ***

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