Vivre du vert des Prés …

Voeux simples

.

.

Vivre du vert des prés et du bleu des collines,

Des arbres racineux qui grimpent aux ravines,

Des ruisseaux éblouis de l’argent des poissons ;

Vivre du cliquetis allègre des moissons,

Du clair halètement des sources remuées,

Des matins de printemps qui soufflent leurs buées,

Des octobres semeurs de feuilles et de fruits

Et de l’enchantement lunaire au long des nuits

Que disent les crapauds sonores dans les trèfles.

Vivre naïvement de sorbes et de nèfles,

Gratter de la spatule une écuelle en bois,

Avoir les doigts amers ayant gaulé des noix

Et voir, ronds et crémeux, sur l’émail des assiettes,

Des fromages caillés couverts de sarriettes.

Ne rien savoir du monde où l’amour est cruel,

Prodiguer des baisers sagement sensuels

Ayant le goût du miel et des roses ouvertes

Ou d’une aigre douceur comme les prunes vertes

À l’ami que bien seule on possède en secret.

Ensemble recueillir le nombre des forêts,

Caresser dans son or brumeux l’horizon courbe,

Courir dans l’infini sans entendre la tourbe

Bruire étrangement sous la vie et la mort,

Ignorer le désir qui ronge en vain son mors,

La stérile pudeur et le tourment des gloses ;

Se tenir embrassés sur le néant des choses

Sans souci d’être grands ni de se définir,

Ne prendre de soleil que ce qu’on peut tenir

Et toujours conservant le rythme et la mesure

Vers l’accomplissement marcher d’une âme sûre.

Voir sans l’interroger s’écouler son destin,

Accepter les chardons s’il en pousse en chemin,

Croire que le fatal a décidé la pente

Et faire simplement son devoir d’eau courante.

Ah ! vivre ainsi, donner seulement ce qu’on a,

Repousser le rayon que l’orgueil butina,

N’avoir que robe en lin et chapelet de feuilles,

Mais jouir en son plein de la figue qu’on cueille,

Avoir comme une nonne un sentiment d’oiseau,

Croire que tout est bon parce que tout est beau,

Semer l’hysope franche et n’aimer que sa joie

Parmi l’agneau de laine et la chèvre de soie.

.

.

❤️ Cécile Sauvage ❤️

.

.

Publicités

Le Jour … Cécile Sauvage

.

.
Le jour
.

.
Levons-nous, le jour bleu colle son front aux vitres, 

La note du coucou réveille le printemps, 

Les rameaux folichons ont des gestes de pitres, 

Les cloches de l’aurore agitent leurs battants. 

La nuit laisse en fuyant sa pantoufle lunaire 

Traîner dans l’air mouillé plein de sommeil encor 

Et derrière les monts cachant sa face claire 

Le soleil indécis darde trois flèches d’or. 

Il monte. Notre ferme en est tout éblouie, 

Les volets sont plus verts et le toit plus vermeil, 

La crête des sapins dans la brume enfouie 

S’avive de clarté. Voilà le plein soleil 

Avec son blanc collier de franges barbelées, 

Avec ses poudroiements de cristal dans les prés, 

Avec ses flots nacrés, ses cascades brûlées, 

Ses flûtes, ses oiseaux et ses chemins pourprés. 

L’abeille tôt levée, attendant sa venue, 

Essayait d’animer les boutons engourdis, 

Dérangeait l’ordre neuf de la rose ingénue, 

Pressait de toutes parts les lilas interdits. 

Dès qu’elle vit au ciel fuser la bonne gerbe, 

Son gorgerin blondit, son aile miroita, 

Et, tandis que les fleurs se découpaient dans l’herbe, 

Sur un lis qui s’ouvrait son ivresse pointa. 

Quel massacre badin de vierges cachetées ! 

La nonnain-violette en conserve un frisson,

Les corbeilles d’argent aux blancheurs dépitées 

S’inquiètent du vent rural et sans façon. 

Sur l’églantine fraîche aux saveurs paysannes 

Voici que les frelons éthiopiens vont choir, 

Les bambous en rumeur entre-choquent leurs cannes, 

Sur un brin d’amandier sifflote un merle noir. 

Levons-nous. Notre chien lappe son écuelle, 

Les chevaux affamés piaffent après le foin, 

On entend barboter un refrain de vaisselle 

Et des appels de coqs s’égosiller au loin. 

Déjeunons sur le seuil de tartines miellées, 

Dans nos verres en feu le soleil boit sa part, 

Les arbres font danser leurs feuilles déroulées 

Et teignent leurs bourgeons d’un petit point de fard. 

C’est l’heure puérile où la margelle est rose, 

Où la jeune campagne éclose au jour nouveau 

Dans ses terrains bêchés brille comme une alose, 

Où l’araignée étend son lumineux réseau. 

C’est l’heure où les lapins se grisent de rosée, 

Où l’enfant matinal aux gestes potelés, 

Agitant le soleil de sa tête frisée ; 

Rit tenant à deux mains un pesant bol de lait. 

La montagne se vêt de légères buées 

Et semble perdre un peu de son austérité, 

Les cyprès accusant leurs grâces fuselées 

Dressent des cierges verts sur l’autel de l’été. 

Ô rajeunissement du réveil, ô lumière 

Qui laves les noirceurs, les fanges, les chagrins, 

Qui donnes des splendeurs au bourbier de l’ornière 

Et mets une ombre d’or sur nos charniers humains.
.

.
❤️ Cécile Sauvage ❤️
.

.
  

LA TASSE

.
La tasse
.

.
Dans cette tasse claire où luit un cercle d’or 

J’ai versé du lait blanc pour ta lèvre vermeille. 

Comme un enfant dolent le long du corridor 

Un rayon de soleil s’étant couché sommeille.
.

.
Vois, la mouche gourmande est plus sage que toi. 

Perchée au bord du vase où son aile se mouille, 

Avec sa trompe fine et subtile elle boit 

Tandis que le jour bleu dévide sa quenouille.
.

.
Ah ! si la nuit venait, comme nous aurions peur ; 

La nuit fait les gros yeux avec la lune ronde 

Et tous les astres blonds qui pressent leur lueur 

Sur le front noir de l’ombre où l’angoisse est profonde.
.

.
Vite ! bois cette tasse avant que soit le soir ; 

Le moineau de la cage aime l’eau que je verse, 

La fleur du pot d’argile accueille l’arrosoir, 

Comme les champs nouveaux se plaisent à l’averse.
.

.
Et surtout ne va pas avec tes doigts fripons 

Déranger le niveau de la crème dormante ; 

On apporte la lampe et son nimbe au plafond 

Bouge comme au matin une source mouvante.
.

.
Dieu ! c’est l’ombre déjà ! Déjà le ver luisant 

Répand sa goutte d’or sur la verdure moite… 

Vite ! l’étoile fait les cornes en passant 

Et la lune a caché le soleil dans sa boîte.
.

.
❤️ Cécile Sauvage ❤️
.

.