Débrief …. 

.

.
La lettre publiée ici hier est en fait un extrait d’une longue lettre d’une dizaine de pages de Hermann Hesse à J.K., un jeune artiste qui l’interroge sur sa motivation et le chemin qu’il doit suivre. 
.

.
Cette lettre à été publiée en format Poche. 

.


.

.
L’idée première d’Hermann est très certainement d’agir en guide, en père accompagnant son fils …. pour terminer en professeur : « Je m’aperçois que ma lettre est presque devenue une dissertation. J’en ferai donc tirer des copies et, à l’occasion, je la ferai lire à d’autres personnes. » 
.

.
Le but d’Hermann Hesse est expliquer au « jeune artiste » que le chemin idéal et tout tracé n’existe pas, qu’il faut se méfier des valeurs trop générales et des moules dans lesquels les gens se coulent, en particulier les artistes. Chacun possède une vérité intérieure qu’il se doit de trouver et pour ce faire, il doit parcourir son propre sentier tout en gardant à l’esprit qu’il ne faut pas trop exiger ni vouloir plus que ce qu’il n’est possible d’obtenir. 

.

.
Une surdose d’idéalisation ne peut que mener à la déception, voire au fanatisme et à la guerre. Hesse a des mots durs envers ses contemporains, grisés par les illusions et les promesses du bonheur absolu. Ce cheminement personnel ne se fait évidemment pas sans efforts, ceux-ci seront nombreux et durs, surtout en cette période de perte des valeurs humaines dans la société.
.

.
On devine la désillusion de Hesse, liée aux événements de l’époque mais aussi à sa propre vie, dans chaque ligne de ce récit. Il s’en dégage cependant un formidable message d’encouragement et de lucidité, une grande force morale qui ne peut qu’inspirer le respect et conduire à explorer d’autres terres, les siennes.
.

.
N’ayant pas lu, pas encore lu la totalité de la Lettre d’Hermann Hesse, je me suis « très fortement » appuyée sur une analyse existante mais qui résonne parfaitement avec mon ressenti de ce que j’ai pu lire de ladite lettre.
.

.

(http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/8936)

Publicités

14 commentaires sur “Débrief …. 

  1. loisobleu dit :

    ET PUIS, UN JOUR JE

    Ce Dimanche je suis passé par Hesse, Char et Ceylan. Il faisait un sombre qui ne me sied pas dans mon dominical. Au point que j’en fus rendu à me remercier d’avoir invité au restaurant. J’avais jamais acheté des rideaux d’île. Et bien c’est fait. Quand le coton est vraiment blanc il y a rien de plus anti-inflammatoire pour le mal de do.. La mer autour d’Oléron a sans doute bougé depuis que tout petit je l’ai marié. La guerre, c’est là que j’en ai fait la douloureuse connaissance. Cet après-midi, je l’ai prise à part. On a causé.

    La guerre n’est plus la guerre.

    Après les rois qui y jouaient par plaisir, elle a viré. Tournée mondiale par deux fois, elle s’est faite destruction massive pour favoriser le progrès. Du coup le courage individuel s’en est pris un coup de vieux. Le patriote n’a plus de frontière. Le monde est laminé. Ouah se disent les rois du pétrole, à nous le pactole. Moi je crois qu’il faudrait juste remettre ses pendules à l’heure. Avoir peur oui, mais pas de se lever. Avoir peur de plus se réveiller. L’espoir n’est pas un remède, c’est un acte personnel contre les marchands du temple.

    Niala-Loisobleu – 4 Juin 2014

    Aimé par 1 personne

  2. Tu te débrouilles bien pour réaliser ton projet 😀 en tout cas tu as une très bonne idée de choisir cette lettre! J’ai hâte de lire celle du week end prochain 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. loisobleu dit :

    Je ne saurais endormir ce jour particulier, sans le clore d’un dernier vert pour ta route, l’herbe y sent la cigale et la fourre my au point que tes zèles en se frottant les demains pourront mettre du r^ve dans la réalité.
    Douce nuit, je sens l’écaille avec à l’intérieur le regard de l’oeil vers.
    N-L – 04.06/17

    1954

    Paul Celan à René Char

    [Paris, 21.7.1954]

    Paul Celan
    5, rue de Lota (16°)

    Cher Monsieur,

    Je retrouve, en vous adressant ces lignes, tout l’espoir angoissé qui préside à mes rares rencontres avec la Poésie.
    Un très jeune poète allemand, Christoph Schwerin, qui me dit vous avoir parlé de moi, m’envoie votre adresse. Hier, nous sommes allés, ma femme et moi, à votre hôtel et nous avons appris que vous étiez à Paris, pour quelques jours encore. Est-il possible de vous voir avant votre départ, sans vous déranger ?
    J’aimerais tellement que ce soit possible !

    Paul Celan

    _______________________________________________

    René Char – Paul Celan

    [Paris] le 23 juillet 54

    Cher Monsieur

    Votre lettre me cause un réel plaisir. Vous êtes un des très rares poètes dont je désirais la rencontre. Puis-je vous demander de venir jusqu’ici (4 rue de Chanaleilles 7e) ? J’ai changé de domicile récemment et suis maintenant très « avantagé ! »… Voulez-vous lundi à partir de 6 heures, l’après-midi ? Si vous préférez un autre jour, naturellement il sera le mien. Si Madame Celan veut bien vous accompagner, je m’en montrerai touché.

    Avec toute ma sympathie

    René Char

    P.P. La rue de Chanaleilles est au 23 de la rue Vaneau. J’habite [au] 1er étage, porte à gauche.

    _______________________________________________

    1955

    René Char à Paul Celan

    [Paris] le 30 août 55

    Cher Paul Celan

    J’ai eu le plaisir, la semaine dernière, de pouvoir longuement parler avec Heidegger, de passage à Paris. J’ai été conquis par l’homme et par le philosophe, si ouvert à la Poésie, si avisé de son cœur et de ses drames. Sa simplicité, l’attention qu’il met à recevoir comme à donner, sont fort rares aujourd’hui. Il tient en grande estime votre poésie et connaît parfaitement votre œuvre. Sans doute je ne vous apprends rien en vous écrivant cela… Mais je devais vous le dire.
    J’ai appris que votre bébé se développe et grandit bien, par Madame Caetani que vous avez vue. Je m’en réjoui singulièrement.
    Mon souvenir, je vous prie, à Madame Celan. A vous avec amitié

    René Char

    _______________________________________________

    1962

    René Char à Paul Celan

    L’Isle-sur-Sorgue 19 mars 62

    Cher Paul Celan

    Votre dernière lettre voici un mois a renforcé encore, s’il était possible, mon amitié pour vous. Mais à votre différence, je ne suis plus tourmenté par ces mêmes-gens qui vous accablent de leurs harcèlements, j’ai creusé depuis quelques années une voie dans laquelle ils s’engouffrent, voie qui donne sur un vide à leur mesure. Croyant m’abattre, ils se tuent… Et ce passage qu’ils appellent « cœur de chat », « Char hermétique », etc. (je ne tarderai pas à devenir un poète moyenâgeux, ou encore, épuisé) fait immanquablement mouvement à l’aide de ses sables, mais ne peut que longer ce qu’il a bien fallu que mon existence d’homme devienne : une vie feutrée. C’est le revers de la poésie, cette haine qui accompagne ceux qui la portent. Les nazis et les lâches, les circonstanciels et les insouciants, les très-sûrs d’eux et les politiques de crèche, voilà la pâte avec laquelle se pétrit le pain que l’on voudrait nous obliger à manger. Non. Si je n’éprouvais de terribles épreuves humaines trop souvent, et plus que je n’en puis supporter, mon problème d’énigme parmi les haineuses fausses énigmes, ne m’apparaîtrait plus comme essentiel.
    Permettez-moi de vous souhaiter bientôt une bonne couche de neige là où se sont multipliés près de vous les pas infects.
    Je vous serre la main.
    Votre ami

    René Char

    _______________________________________________

    Paul Celan à René Char

    [Lettre non envoyée]

    Paris, le 22 mars 1962.
    78 rue de Longchamp

    Cher René Char,

    Merci pour votre lettre – si vraie. Merci de me serrer la main – je serre la vôtre.
    Ce qui m’arrive, excusez-moi d’en reparler, est, croyez-le, assez unique dans son genre. La poésie, vous le savez bien, n’existe pas sans le poète, sans sa personne – sans la personne -, et, voyez-vous, la pègre, celle de droite et celle de « gauche », a bien su se retrouver pour m’annihiler. Je ne peux plus publier – on a su m’isoler, là encore. Vous – on vous exile dans le pays des ci-devant, mais il vous reste votre pays ; quant à moi, on me redistribue, puis, on s’amuse à me lapider avec… les pièces détachées de mon moi. Je ne vous étonnerai pas en vous disant que les premiers à avoir « trouvé » cela sont les pseudo-poètes. Il y en a beaucoup parmi nos « amis » communs, René Char. (Je sais bien ce que je dis, hélas.) Dans leur nullité, ils vous considèrent comme une source d’images à additionner pour se créer une semblance ; ils ne vous reflètent point ; ils vous obscurcissent.
    Voyez-vous, j’ai toujours essayé de vous comprendre, de vous répondre, de serrer votre parole comme on serre une main ; et c’était, bien entendu, ma main qui serrait la vôtre, là où elle était sûre de ne pas manquer la rencontre. Pour ce qui, dans votre œuvre, ne s’ouvrait pas – ou pas encore – à ma compréhension, j’ai répondu par le respect et par l’attente : on ne peut jamais prétendre à saisir entièrement – : ce serait l’irrespect devant l’Inconnu qui habite – ou vient habiter – le poète ; ce serait oublier que la poésie, cela se respire ; oublier que la poésie vous aspire. (Mais ce souffle, ce rythme – d’où vient-il ?) La pensée – muette -, elle s’agglomère dans les intervalles : elle dis-cerne, elle ne juge pas ; elle se décide ; elle choisit : elle garde sa sympathie – elle obéit à la sympathie.
    Mais pardonnez-moi de revenir sur mes pas : vous me dites avoir su créer le vide où s’engouffrent et se tuent vos ennemis – je me réjouis de vous voir si fort, si fortifié. Quant à mon vide à moi, quant au vide qu’on a su créer autour de moi, je le vois… générateur de toute une race de créatures que je ne saurais nommer. Et ces créatures, je les vois bien fécondes : elles se multiplient et se remultiplient ; car le Mensonge, cela sait se perpétuer – grâce aux « nymphettes » ou, sinon, par scissiparité.
    Errance, Exil de l’Humain : du Vrai…
    (…)
    Paul Celan

    Aimé par 1 personne

  4. Trigwen dit :

    Pour ceux qui prenait la peine de le lire et de le comprendre en réfléchissant, Hermann Hesse pouvait passer pour un maître à penser, une sorte de guide moral et un philosophe.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s