Ultima Verba

Ultima verba
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… Quand même grandirait l’abjection publique

A ce point d’adorer l’exécrable trompeur ;

Quand même l’Angleterre et même l’Amérique

Diraient à l’exilé : – Va-t’en ! nous avons peur !
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Quand même nous serions comme la feuille morte,

Quand, pour plaire à César, on nous renîrait tous ;

Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte,

Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;
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Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste,

Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;

Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,

Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;
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Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,

Calme, le deuil au coeur, dédaignant le troupeau,

Je vous embrasserai dans mon exil farouche,

Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !
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Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;

Bannis, la République est là qui nous unit.

J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;

Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit!
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Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,

La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !

Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,

Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.
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Devant les trahisons et les têtes courbées,

Je croiserai les bras, indigné, mais serein.

Sombre fidélité pour les choses tombées,

Sois ma force et ma joie et mon pilier d’airain !
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Oui, tant qu’il sera là, qu’on cède ou qu’on persiste,

O France ! France aimée et qu’on pleure toujours,

Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,

Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
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Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,

France ! hors le devoir, hélas ! j’oublierai tout.

Parmi les éprouvés je planterai ma tente :

Je resterai proscrit, voulant rester debout.

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J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme,

Sans chercher à savoir et sans considérer

Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme,

Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer.

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SI L’ON N’EST PLUS QUE MILLE, EH BIEN, J’EN SUIS !
SI MEME
ILS NE SONT PLUS QUE CENT, JE BRAVE ENCOR SYLLA ;
S’IL EN DEMEURE DIX, JE SERAI LE DIXIEME ;
ET S’IL N’EN RESTE QU’UN, JE SERAI CELUI-LÀ !

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❤️ Victor Hugo ❤️
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5 commentaires sur “Ultima Verba

  1. loisobleu dit :

    On ne commente pas un tel aveu
    On fait de ce que nous avons de plus petit, la démonstration de notre plus grand attachement à démontrer combien on s’y greffe d’amour.
    De tout ❤️
    N-L
    14/03/16

    J'aime

  2. loisobleu dit :

    Sais-tu, mais oui bien sûr, que d’un soleil à peine sorti du bourgeon, j’ai déjà le pinceau tout bleu, alors que les affaires du quotidien, en général et en particulier, sont enfoncées dans le noir ?

    C+B+B+C

    N-L

    J'aime

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