Bon Appetit …

Le pain
.

La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, – sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable… Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

.

Francis Ponge – Le parti pris des choses (1942)
.
  
(Photographie Willy Ronis) 

21 réflexions sur “Bon Appetit …

  1. Je maudis cette machine qui ampute la parole pour l’échange, imposant ses humeurs et ses caprices parmi lesquels la non-paruiion d’un commentaire, par exemple celui que je fis alors qu’à table, devant mon frugal repas, l’arrivée bizarre (vu ses chemins pris) de ton article en fit un festin. Tu imagineras avec quelle spontanéité j’y répondis par iphone….Hélas pour m’apercevoir un peu plus tard qu’il était parti dans le néant de limbes inconnues…

    Rage….grrrrrrrrrrrrrrrr

    Oui rage parce que l’enfant de l’image c’est moi demeuré aujourd’hui…

    En 1942 quand F.Ponge écrivit ces mots aussi craquants qu’odorants, nous étions en pleine guerre. Le pain exprimait alors son symbole de la manière la plus forte qui soit. Rareté, sacrifice, courage et lutte ayant un sens totalement perdus aujourd’hui par la surconsommation qui supprime les subtilités des situations.
    J’en apprécie d’autant plus ton choix mon Idéelle.

    Je regrette le contretemps, j’espère simplement qu’il n’aura pas altéré le ressenti que j’ai voulu tout de suite te signifier.

    N-L 1er Décembre 2015

    Aimé par 1 personne

    • Jeanne était au pain sec…

      Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
      Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
      J’allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
      Et lui glissai dans l’ombre un pot de confiture
      Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
      Repose le salut de la société,
      S’indignèrent, et Jeanne a dit d’une voix douce :
      – Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
      Je ne me ferai plus griffer par le minet.
      Mais on s’est récrié : – Cette enfant vous connaît ;
      Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
      Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
      Pas de gouvernement possible. À chaque instant
      L’ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
      Plus de règle. L’enfant n’a plus rien qui l’arrête.
      Vous démolissez tout. – Et j’ai baissé la tête,
      Et j’ai dit : – Je n’ai rien à répondre à cela,
      J’ai tort. Oui, c’est avec ces indulgences-là
      Qu’on a toujours conduit les peuples à leur perte.
      Qu’on me mette au pain sec. – Vous le méritez, certe,
      On vous y mettra. – Jeanne alors, dans son coin noir,
      M’a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
      Pleins de l’autorité des douces créatures :
      – Eh bien, moi, je t’irai porter des confitures.

      Victor Hugo

      Aimé par 1 personne

  2. Rien n’est plus rassurant, en ce monde où trop de choses se dissolvent, de pouvoir être sûr que les grands esprits se rencontrent, quelques chicanes, emprises, pouvoir, etc…que ce soient qui, par volonté ou accident se mettent en travers….
    A propos d’esprit, un incident de rencontre a eu lieu ce matin. L’atelier en a fait une mauvaise. Comme il s’agit d’une histoire bleue, donc de coeur, le tracas en a été séparé pour éviter la confusion d’un amalgame. Merci je retourne auprès de l’étoile mains tenant.

    Aimé par 1 personne

    • Devoir se frotter à l’atelier pour accéder au chevalet est le phénomène de la page blanche que tout artiste rencontre à la suite d’attaques extérieures lancées contre son inspirant. L’affect est chahuté.Atteignant le système émotionnel de diverses manières. Derrière une création forte, une rupture de tension énergétique fait oeuvre destructive à coup sûr. Le recours aux accus qui ont été chargés durant l’intensité créative se faisant naturellement, il faut enclencher jusqu’en fin de panne…Une simple histoire d’ombre et de lumière a positiver pour un résultat remettant tout sur les rails…Tu vois une histoire de riens en somme…

      Aimé par 1 personne

  3. D’un brouillard si épais qu’il cachait la plante des pieds, une mémoire de soleil, sortant sa perceuse fit un passage.
    Etant à la brèche, je me saisis hardiment de la manivelle du chevalet et lançai l’assaut…
    Rien, pas un couinement
    la toile se retrouva à la bonne place
    et bien tu me croiras si tu veux ou pas
    en haut de la toile
    là où hier ça bouchonnait
    un immense soleil
    disait Bon Jour l’Amour

    Alors j’ai sorti les pinceaux de la mauvaise passe
    mon Idéelle
    et suis couru à la déchetterie jeter l’arbre mort !

    Niala-Loisobleu
    2 Décembre 2015

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s